« L'emploi des cadres devrait être plus favorable »

Gaëlle Ginibrière
8 septembre 2008
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Maryvonne Labeille est présidente de Syntec Recrutement.
Quel regard Syntec porte-t-il sur le marché de l'emploi ?
Si l'on dresse un panorama global de l'année 2008, l'activité des cabinets et le marché des cadres sont dans une période favorable. Pour l'ensemble des cabinets, le marché est très satisfaisant par rapport à 2007 qui était déjà une année de croissance. On peut évaluer la hausse de l'activité à 10 %, même si elle est variable selon les cabinets.
L'impact du contexte économique sur le marché des cadres reste donc modéré ?
Dans un climat où règne une certaine morosité, les cabinets, eux, ne sont pas moroses. Mais ils restent attentifs à l'évolution du marché. On peut cependant dire que le marché de l'emploi des cadres devrait être plus favorable que ce que laisse pressentir la croissance prévue à 1 %. C'est vrai que si l'on se réfère à la période récente de fin août-début septembre, les plans de recrutements sont là, mais certains tardent, d'autres sont revus à la baisse. Des réunions budgétaires se sont tenues dans les entreprises fin août, se traduisant par des baisses de recrutement sur les volumes importants mais aussi par des réorganisations qui vont entraîner des recrutements. La demande des entreprises est liée à plusieurs aspects. Au premier semestre 2008, elles avaient tendance à recruter pour faire face à la question démographique qui est structurelle.
Quels sont les secteurs les plus concernés ?
Il s'agit notamment de l'informatique, du conseil, des métiers de services. Quant aux fonctions, on peut citer des profils avec une dominante commerciale, des postes de direction de centre de profit. Les métiers liés à la qualité et à la sécurité, aux ressources humaines ou les fonctions de R&D dans lesquelles les entreprises réinvestissent sont également concernés. Les entreprises ayant de plus en plus de difficultés à trouver ces profils par elles-mêmes, elles en confient la mission aux cabinets. Il y a encore quelques années, il était facile pour les entreprises de recruter sans trop de moyens. Le réflexe était donc moins évident de recourir aux services d'un cabinet, mais il va le devenir de plus en plus. On peut aussi conseiller aux cadres de nouer des relations avec les cabinets.
Comment les entreprises s'adaptent-elles à la pénurie ?
Les cabinets de recrutement constatent que dans cette période de pénurie, même si les entreprises restent vigilantes, elles deviennent de plus en plus ouvertes à des profils diversifiés. Les entreprises doivent aussi apprendre à être réactives. Confronté à plusieurs offres, un cadre sera tenté d'accepter celle qui est confirmée rapidement. D'une part parce qu'un trop grand nombre d'entretiens finit par lasser, ensuite parce que la lenteur du process laisse envisager une certaine rigidité dans le processus de prise de décision de l'entreprise. Nous travaillons aussi de plus en plus avec les entreprises sur des missions d'évaluation interne.
Quels secteurs montrent des signes de ralentissement ?
Il y a effectivement des signes, mais rien de probant en dehors de la crise du subprime et de ses conséquences. Les banques et assurances ont généralement été touchées plus vite et plus tôt que d'autres, encore que cela dépende de leurs activités. On peut aussi noter que leur pyramide des âges est favorable aux recrutements.
Parmi les secteurs qui réduisent leurs demandes, on peut noter une certaine forme d'immobilier : on constate des reports de recrutement et du fait de la prudence des banques à accorder des emprunts, le marché est délicat. Le secteur de la construction est plus mitigé, car les entreprises se sont diversifiées et si le marché de la maison individuelle est difficile, elles continuent de travailler sur les grandes infrastructures. L'automobile est aussi un secteur qui recrute peu.