Travail et valeurs : un accord pas toujours facile

Publié le par ressources-humaines

 


4 January 2009

Stéphane, huissier, Rennes

Travail et valeurs : un accord pas toujours facile... relève parfois d'un jeu d'équilibriste.


« J'exerce un métier qui a une ima-ge négative. C'est par méconnaissance de notre réalité. Quand on dit huissier, on pense expulsion, adultère, saisie... Forcément, on n'imagine pas que l'on puisseavoir des valeurs humaines et personnelles très fortes.

Pourtant, mon quotidien, c'est avant tout de débloquer des situations difficiles. Certes, je dois faire exécuter des décisions de justice, mais pas bêtement. Nous avons un cadre précis, surveillé, mais aucun texte de loi ne nous oblige à être désagréable ! Je suis donc sur le terrain comme je le suis dans ma vie.


Je suis soucieux de l'autre, de son histoire, de ses solutions. Je crois que c'est vraiment une question de respect de ses valeurs humaines. Vous savez, le « sale individu », il le reste jusqu'à son dernier souffle qu'il soit huissier, vendeur d'aspirateur ou que sais-je encore ! Le tout est de faire un métier en se demandant tous les jours : est-ce que je suis sur la bonne voie ? Et puis, dans mon quotidien, à côté des procédures difficiles qui concernent les gens dans la précarité, il y a beaucoup de dossiers qui concernent des chefs d'entreprise voyous, des tricheurs en tout genre, des hommes violents... Là, j'ai la satisfaction de participer à une société plus juste. »


Adeline, assistante de ressources humaines, Paris : « J'ai assisté pendant huit ans un directeur des ressources humaines d'une entreprise spécialisée dans l'agroalimentaire. Dès le départ, je l'avais senti un peu brutal, sans réelle capacité à dialoguer sereinement avec les salariés. Il était jeune, je mettais ça sur le compte de son inexpérience. En plus, la direction louait sans arrêt ses compétences ce qui me laissait croire que c'était passager. Il me respectait car il avait, je crois, vraiment besoin de moi.

Avec d'autres, il était parfois odieux. J'ai commencé à lui dire ce que le personnel disait de lui. Je n'envisageais pas de lui mentir sur ses méthodes. Ce n'est pas dans ma nature de laisser faire. Pourtant, je savais que je me mettais en danger, tant il était sûr de lui. D'ailleurs, il concluait mes interventions sur le sujet par « ne vous laissez pas influencer, chère Adeline... ! » Et puis il y a eu la goutte d'eau, un rendez-vous houleux avec un collègue. Le soir, j'ai dit à mon mari : je démissionne, je ne peux pas cautionner ça. Coup de tête avec le recul, car, un an après mon départ, ce DRH a été viré... »


Pierre, commercial en informatique, Nantes : « Je me souviendrai toujours de la phrase de ma soeur quand j'ai commencé : « Ah, tu vas vendre aussi ton âme ! » Cette réputation de tueur, de sans valeurs, nous colle à la peau. On en parle souvent entre collègues. Pourtant, je vous assure que, des cas de conscience, on en a tous ! Quand les objectifs sont durs à atteindre et que l'on va forcer un contrat, ça ne fait jamais plaisir. En même temps, les clients sont de mieux en mieux informés, les concurrents de plus en plus nombreux.

Résultat, la qualité passe maintenant au premier plan. D'ailleurs, dans ma boîte, lors du dernier séminaire, j'ai entendu des termes récurrents jusqu'alors chuchotés : respect, écoute, humilité... Alors qu'avant, c'était en gros : exploser les chiffres, primes, etc. J'ai l'impression qu'il y a un rééquilibrage des valeurs. C'est nécessaire car beaucoup d'entre nous, dont les plus performants, commencent sérieusement à s'élever contre des pratiques mensongères, des relations faussées... »

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