Génération Y : le nouveau défi des ressources humaines

Publié le par ressources-humaines

 

MARINE RELINGER
5 septembre 2008
La Tribune

Les moins de 30 ans qui arrivent sur le marché du travail déboussolent les DRH. Férus de technologie et d'indépendance, ils remettent en cause les règles traditionnelles du travail.

Interconnectés, passionnés, volatils... Les moins de 30 ans donnent des cheveux blancs aux recruteurs et aux managers, qui ont bien du mal à cerner cette nouvelle " tribu ", baptisée " Génération Y ". Qui sont ces jeunes arrivant au bureau un iPod sur les oreilles et travaillant leurs grilles de vente tout en restant connectés sur Facebook ? " C'est la "Génération Y"", a répondu François de Wazières, directeur international du recrutement de L'Oréal, lorsque l'un des managers du groupe l'a interpellé de la sorte, passablement agacé.

Ça swingue dans les bureaux, depuis que les (petits-) enfants d'Internet arrivent sur le marché du travail. " La révolution est en marche, et plus les jeunes sont jeunes, plus les différences sont grandes ", assure ce DRH, qui prépare, avec la CEMS (Community of European Management Schools and International Companies), une grande enquête sur le sujet, à paraître dans les jours à venir.

Car, pour les sociologues, cette " Génération Y ", qui rassemble les moins de 30 ans, marque bel et bien une rupture par rapport aux générations précédentes. Notamment parce qu'ils prennent un malin plaisir à remettre en cause l'ordre établi. Ce n'est pas très fair-play ? Certes. Mais qu'attendre d'autre de la société de l'enfant roi et du culte de la jeunesse ? Ils n'ont aucun scrupule à " renvoyer les assistantes à des tâches subalternes, car ils préfèrent tout faire eux-mêmes ", a ainsi déploré Michel-Édouard Leclerc, PDG du groupe Leclerc, lors d'une conférence sur la gestion de carrière, le 17 juin à Dauphine. Et lorsque Benjamin Chaminade, consultant RH franco-australien, rapporte les expériences de ses clients, la discussion prend un tour carrément surréaliste : " En France, c'est un chef d'entreprise surpris du manque de respect des jeunes pour la hiérarchie. En Malaisie, un manager décontenancé de les voir démissionner sur-le-champ, suite à une altercation concernant une absence injustifiée. En Australie, un chef des ventes déconcerté de devoir préciser que les commissions ne sont pas distribuées au temps de présence, mais selon le montant des ventes... " Car les " Y " sont partout les mêmes, quel que soit leur pays d'origine ! À croire qu'ils se passent le mot, via les multiples réseaux du Web qu'ils utilisent... ou qu'ils créent eux-mêmes.

" Ils ont les mêmes usages technologiques, écoutent la même musique... Quelle que soit leur nationalité, globalement, j'ai le plaisir de retrouver chez les jeunes candidats que je reçois la passion, la créativité et le souci d'efficacité qui caractérisent cette génération ", s'enthousiasme François de Wazières. Et les " Y " ont des icônes qui le valent bien !

DROLE D'EMBAUCHE

Citons à titre d'exemple Sean Akein, l'indécis. À 25 ans, fraîchement sorti d'une école de commerce de Vancouver, il ne savait pas quelle voie adopter. " Comme beaucoup de jeunes de ma génération ", justifie-t-il. D'ailleurs, il a carrément proposé aux recruteurs de l'embaucher pour une semaine, à n'importe quel poste et niveau de qualification. Histoire de le tester. L'un de ses amis, Kyle MacDonald, a, quant à lui, entrepris de devenir riche... grâce à un trombone (rouge, certes) qu'il a échangé contre une succession d'autres, jusqu'à obtenir une maison (rouge, bien sûr) qu'il s'est empressé de remettre en jeu sur son site !

Les " Y " " affichent des exigences très fortes en matière de progression de carrière et de qualité de vie au travail. Si aucune réponse n'est apportée, ils sont capables de rompre le contrat moral avec l'employeur, souligne Yves Desjacques, DRH du groupe Casino. Dans l'entreprise, ils restent citoyens et défendent avec force des causes humanitaires ou sociales. En son sein, ils participent à des communautés qui se créent, spontanément, autour de centres d'intérêt divers qui s'interpénètrent. Et, paradoxalement, tout en se disant très attentifs à l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée, ils rendent ces deux sphères de plus en plus perméables, s'impliquant avec une étonnante énergie, pour autant que nous sachions donner du sens à leurs missions. " Une génération qui a, en somme, les qualités de ses défauts...
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