L'embauche autrement

L'EST REPUBLICAIN,
Adeline GROSJEAN 2,
22 août 2008.
La « Méthode de recrutement par simulation » existe depuis dix ans au Canada. Mise en place en France, elle empêcherait toutes formes de discrimination à l'embauche.
L'ANPE de Bar-le-Duc a organisé, hier, pour la société Evobus, une opération de recrutement d'opérateur production par la « Méthode de recrutement par simulation » (MRS). Une méthode importée tout droit du Canada par des sociologues d'entreprise.
Avec cette technique, l'embauche ne dépend plus de l'expérience ou des diplômes obtenus, mais bien du repérage des habiletés nécessaires au poste de travail proposé. « Les candidats sont mis en situation grâce à des exercices pratiques », explique Lydie Durand, directrice de l'agence ANPE de Bar-le-Duc.
L'ANPE, qui travaille en étroite collaboration avec les agences d'intérim et les entreprises qui souhaitent recruter, voit dans ce processus un moyen d'éviter toutes formes de discrimination. « Cette méthode s'inscrit dans le cadre du plan de cohésion sociale de M.Borloo. L'idée est d'aider les jeunes sans qualification à accéder à un emploi, mais les autres aussi. Aucuns critères de présélection ne sont établis ».
Ainsi, cette semaine, dans les locaux de la Chambre de commerce et d'industrie, l'ANPE a fait passer des tests à 108 candidats en présence de M. Perino, responsable des ressources humaines d'Evobus.
« Révéler les talents »
« C'est la première fois que notre société choisit de recruter de cette façon. C'est parfait pour nous car le marché du travail actuel est en pénurie de main-d'œuvre qualifiée». La batterie de sept tests permettra donc à l'entreprise d'observer qui des 108 candidats a les habiletés pour parvenir à tel ou tel poste.
Francine Trompette, coordinatrice de la plate-forme de vocation pour l'ANPE, voit dans la MRS une vraie chance pour les chercheurs d'emplois sans diplôme ni expérience : « On teste le travail d'équipe, leur aptitude à respecter les consignes, leur capacité à travailler vite ou sous tension. S'ils savent faire, on ne leur demandera rien d'autres. À l'heure actuelle, on n'est plus sur l'élimination mais on travaille sur la révélation d'un talent ».
Label de la Halde
Les candidats sont donc mis en situation grâce à des exercices pratiques, exercices mis au point par l'ANPE. Cette série de tests recrée par analogie les conditions du poste de travail à pourvoir. Ils sont conçus à partir d'une analyse de poste réalisée dans l'entreprise. Des salariés de l'entreprise qui recrute ont par ailleurs déjà passé ces tests et ont obtenu une note : c'est l'étalonnage. Les candidats qui obtiendront une note suffisante (note moyenne issue de l'étalonnage) seront alors présentés à l'entreprise pour un entretien. « Généralement, 60% des personnes présentes réussissent le test et passent l'entretien », assure Francine Trompette. Un entretien que M.Perino estime utile au choix du poste : « On ne revient pas à l'ancien système. On ne leur demande pas leur CV. C'est simplement un moyen de connaître leur adéquation avec tel ou tel poste ». Yvon est candidat, il a 50 ans et travaillait dans le BTP : « Pour l'entreprise, c'est tout bénéf'. Quant on arrive, ils sont sûrs qu'on est au top dès le premier jour avec ce genre de recrutement ». Mathilde, 25 ans, est un peu là par hasard : « C'est l'ANPE qui m'a proposée. À la base, je suis dans le secrétariat, mais bon, si ça marche, pourquoi pas ! » Des profils très différents qui tentent le coup dans des domaines très divers. « Sans diplôme, on peut essayer un peu partout avec ce genre de recrutement ». Justement, qu'en est-il du diplôme ? Est-ce que ce genre de méthode ne dévaloriserait pas, à terme, la qualification ? « Pas du tout », assure Francine Trompette. « On ne peut pas travailler sur tous les secteurs de cette manière. On ne recrutera jamais d'avocat, d'infirmière ou de comptable avec la MRS. C'est parfait pour des domaines comme le BTP, la restauration, les opérateurs de productions... » La Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) a salué la mise en place de cette méthode en décernant son label 2007 à l'ANPE.